Éditoriaux

Edito - 16/03/10

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Créer dans les interstices de la ville 

Dans le 20ème arrondissement de Paris, au 88 rue de Ménilmontant, se trouvait le plus ancien squat d’artistes, qui s’était installé depuis 10 ans dans un bâtiment abandonné, l’ancienne Miroiterie Bosch. Au fond d'une petite cour, à mi-chemin entre squat et salle de concert alternative, la Miroiterie, qui accueillait dans un décor insolite et un charme vétuste plusieurs dizaines de personnes (plasticiens, musiciens, etc.), était devenue un lieu emblématique pour sa scène musicale (punk, musique expérimental, jam session) et ses nombreuses expos.

Elle s'intégrait à la vie du quartier qu’elle avait contribué à transformer, en proposant par exemple des manifestations singulières comme ces « journées de la

gratuité » qui mettaient à disposition du public des livres comme des vêtements. Il y a un mois, La Miroiterie ayant été rachetée à bas prix par un promoteur immobilier avant que les services de la Ville de Paris n’aient le temps de s’aviser de ce qui se tramait (les élus du XXe soutenaient la Miroiterie et une motion avait été prise ensuite par le Conseil de Paris), les occupants ont été condamnés par le Tribunal à quitter les lieux sans délai. Mais aussi à verser une indemnité solidaire de 2 800 € au propriétaire par mois d'occupation depuis mars 2009 (l'indemnité vient s'ajouter à une précédente de 1 500 € par mois d'occupation pour la période d'avant mars 2009). C’est dommage qu’un lieu unique d’expérimentation artistique et sociale tel que celui-là ferme ses portes.

Mais à quelques rues de là dans le 11ème arrondissement (107 rue du chemin vert) , dans un immense hangar, se crée « une autre Miroiterie ». Et pour fêter cela, la Débordante Compagnie est venue interpréter dans la grande cour, dimanche dernier, Lélevla, un spectacle de rue chorégraphique. De quoi nous parle ce spectacle ? Des passants pressés marchent vers la suite de leur journée, dans un instant où il ne se passe visiblement pas grand chose, si ce n’est le trajet lui même. Sur ce trajet, ils croisent d’autres trajets d’autres passants, et, par une probabilité urbaine, ils se retrouvent tous au même endroit, au même moment. C’est dans ce moment de rien, suspendu, que ces individus normalement isolés forment un groupe malgré eux, qui prend petit à petit conscience de sa structure, de sa forme. Au sein de ce groupe, ses membres vont s’opposer, s’éviter, se répondre, s’affronter, et finir par créer ces figures rythmiques normalement imperceptibles, la musique citadine du hasard. Pour écouter la ville, pour questionner les rapports humains qui s’y tissent.

J’ai pu assister à ce petit moment éphémère qui a donné du bonheur à tous les participants. Le spectacle était en symbiose avec ce lieu artistique naissant, il symbolisait parfaitement ce que ces friches peuvent apporter aux grandes villes culturelles, en lisière des institutions : un peu de désordre, un vivier de créativité, un souffle d’oxygène !

François Deschamps

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